La vigne en Petite Montagne (partie 2)
Publié le 8 Septembre 2012
suite de l'article du 3 septembre:
Le chamboulement
Une crise sanitaire sans précédent, bouleversera définitivement les paysages viticoles mondiaux : le phylloxera.
En France, une nouvelle maladie est apportée des Amériques avec des plants de vignes américaines, curiosités botaniques. Cette maladie est le mildiou (mildiew).
Se propageant rapidement sur tous les vignobles, cette maladie cryptogamique touchera profondément la production de vin dans le milieu du XIXème siècle.
Les plants de vigne d'origine américaine n'y étant pas sensibles, nous avons continué à importer de nouvelles espèces de ce continent ainsi que les maladies qui vont avec: oïdium, Black-Rot et phylloxéra!
Ce dernier est plus particulièrement problématique car il entraine la mort de la vigne irrévocablement. Ce puceron se propage relativement vite, détruisant tous les vignobles sur son passage.
Dans le Jura, il est constaté pour la première fois en 1879 à Montfleur et se propage rapidement suites aux années sèches et chaudes de 1892 à 1895.
Aprés de nombreuses recherches, deux solutions ont été trouvées pour contrer ce puceron au cycle biologique complexe et fatal à la vigne quand il attaque sa partie racinaire: le greffage ou l'hybridation.
Le greffage est une technique qui consiste à associer:
un greffon issu des vignes européennes (Vitis Vinifera) cité ci-avant qui formera la souche et donnera les fruits.
Un porte-greffe, issu de croisement de vignes américaines, qui constituera le systéme racinaire résistant au phylloxera.
Cette voie n'a que très peu été suivie en Petite Montagne. Néanmoins, c'est la technique toujours utilisée dans la quasi-totalité des vignobles mondiaux.
Les hybrides producteurs directs:
Le croisement entre variétés européennes et diverses vignes américaines a permis d'obtenir de nouvelles variétés satisfaisantes en qualité de vins produits, plus ou moins tolérantes au mildiou, oïdium et surtout résistantes au phylloxera.
C'est le type de plants, appelés communément "directs", qui a été multiplié en Petite Montagne pour replanter les vignes détruites: la régularité de production, la résistance compléte ou partielle aux nouvelles maladies et leur relative précocité ont été les critères appréciés.
Cette rusticité n'exigeant pas de soins culturaux aussi poussés et onéreux pour leur défense contre les maladies, que pour les vieux cépages, passera outre la qualité des vins obtenus moins intéressante avec notamment le remarquable caractère "foxé" de la plupart des "directs".
Dans un premier temps le Noah blanc et l'Othello noir ont été multipliés. Ce dernier fut vite abandonné car insuffisament résistant au phylloxéra et au mildiou. Ensuite toutes autres séries d'hybrides ont été plantées avec plus ou moins de succès.
Quand on parle de la vigne aux plus anciens, des noms étranges sortent de leur vocabulaire: le mille, le sept-mille cinquante trois,... Ces "directs" étaient souvent nommés, de façon officielle, par le nom de l'hybrideur ( Gaillard, Seibel, Seyve-Villard, ...) suivi par le numéro d'obtention.
Parmi les plus utilisés en Petite Montagne:
Le Seibel 1000, appelé le "mille" : c'est certainement celui qui a été considéré comme le plus qualitatif, du moment qu'il était planté dans de bonnes terres à vigne.
Le Gaillard 2, nommé communément le Noah Noir : on le retrouve aujourd'hui encore en treille (Cornod, Chavagna, Genod)
Le Baco N°1 avec une maturité précoce
Le Clinton ou localement “le Pouzin”
L'Oberlin 595 ou Oberlin noir
Le Seibel 5455 ou le 54-55
Le 18315 Seyve-Villard ou Villard Noir, avec le Villard Blanc ce sont les 2 hybrides producteurs directs les plus plantés en France en 1955: plus de 46 000 ha!
Le 12375 Seyve-Villard ou Villard Blanc, avec le Noah Blanc, ce sont les 2 directs blancs principalement cultivés en Petite Montagne.
Polyculteurs, préférant le vin au cidre ou à la bière, les habitants de la Petite Montagne ont maintenu un peu la culture de la vigne afin de produire, à frais réduits, leur boisson familiale.
Aujourd'hui encore subsistent des pieds au fond des jardins, leurs raisins ne sont souvent pas toujours les plus intéressants pour la consommation en grappe. Leur présence est pourtant logique:
un pied de chaque variété intéressante pour la production de vin était souvent planté dans le jardin.
Ainsi le bois de ces pieds servait à multiplier ces derniers par bouturage et permettre la plantation de nouvelles vignes. Il n'était pas rare de s'échanger les variétés ainsi !

