Hommage: poisson préhistorique pour une prise historique

Publié le 17 Août 2014

En hommage au plus exceptionnel des pêcheurs, je vais vous conter le récit de cette prise qui fut déjà relatée via le blog de Nicolas.

Ce qu'il faut tout d'abord préciser c'est que cette prise exceptionnelle n'est pas "un coup de chance". Adrien traquait les poissons records. Sa motivation à la pêche était la capture de gros spécimens.

D'ailleurs ce poisson fut touché après une grosse semaine de pêche, où chaque jour il aura traqué les gros brochets; une semaine de juin 2009 avec en tout et pour tout deux touches! Un petit brochet de 50 et celui-ci! Il faut un sacré mental, une bonne connaissance et confiance en sa technique pour persévérer toute une semaine entière avec si peu de touches.

Là, pas de fioriture! Tout était pensé pour pêcher gros, canne très puissante, moulin et tresse adaptés en conséquence et gros leurres.

D'ailleurs dans cette traque, Adrien cherchait toujours à avoir un coup d'avance sur les autres pêcheurs. Je pense que cela a contribué, avec ses connaissances techniques de pêche et son sens extraordinaire de l'eau, à son fabuleux parcours de pêcheur de gros poissons.

En effet il pêchait beaucoup avec des leurres qu'il importait des USA ou du Japon avant que ceux-ci soient proposés sur le marché français.

De souvenir, le leurre qui fut ce jour-là au bout de sa canne était un gros big-bait: le Kong.

Chose qu'il était convenu de garder secret à l'époque, toujours pour garder ce fameux coup d'avance. Mais aujourd'hui il y a prescription et ce leurre plus communément utilisé n'a plus son exceptionnelle efficacité.

En aparté ce leurre aura valu à Adrien bon nombre de grosses prises. Comme par exemple un doublé 98 et 114 cm!

Ce leurre articulé, modèle jusqu'à 23cm et 160 grammes (le préféré d'Adrien) avec une nage lente, fluide et très naturelle proposait une grosse bouchée de choix pour maître essox. D'ailleurs malgré son poids conséquent le barouf qu'il faisait, il n'était pas rare que la touche survienne lors de l'impact avec l'eau.

Donc pour en revenir à ce gros poisson, Adrien sortait d'une période de convalescence. Ses forces étaient un peu amoindries. Il n'avait pas non plus toutes l'aisance de son bras où il avait une prothèse de l'épaule.

Il avait choisi ce jour-là de prospecter un secteur un peu moins accessible où il laissait, à demeure, une vieille barcasse bleue que l'on aimait la "barque-bis". C'était un vieux modèle de Tabur qui avait été abandonné. Cette embarcation de fortune, réputée pour sa stabilité médiocre, l'avait d'autant plus avec l'usure et la perte de rigidité de sa coque. Cette barque était équipée d'une petite barrière en fer tout autour. Ce détail aura son importance lors de la remontée du poisson dans le bateau. Cette embarcation plus que précaire avait l'avantage d'accéder rapidement à une zone de pêche éloignée des mises à l'eau.

Adrien était donc, ce jour-là, seul sur son bateau de fortune et équipé léger: 2 cannes, une valise de leurres. Il n'utilisait plus de fish-grip (trop blessant pour le poisson), ni d'épuisette; il avait suffisamment d'aisance dans la manipulation des poissons pour les hisser à mains nues.

Réalisant des lancés très éloignés de la barque, il aura son unique touche journalière quasiment au tombant d'un gros herbier. Après le ferrage tout en puissance il avait ressenti une tirée franche, sans être très puissante. Puis quasiment plus rien. Il ramenait un poids lourd avec quelques coups de tête peu convaincants qui lui laissait penser à un bec de 70, tout au plus, qui aurait emmené avec lui une très grosse quantité d'herbier. Arrivé à deux mètres de la barque, l'amas végétale n'en n'était pas un, mais il était bien constitué de chair et d'écailles. Adrien comprit la supercherie et à l'autre bout le brochet aussi!

C'est alors qu'a réellement commencé le combat tout en puissance. Une image gravée dans sa mémoire qu' il aimait nous décrire: "ce monstre, à 2 ou 3 mètres de la barque, est quasiment entièrement sortit de l'eau, le leurre en travers de la gueule. Et juste porté par la puissance de sa caudale, il a fait une embardée de 3 mètres au moins, tel Flipper le dauphin!"

Scène que l'on a du mal à imaginer tellement la puissance, la taille et le poids de ce poisson devaient être hors-norme.

Une fois le poisson fatigué, la mise au sec aura été un moment difficile, tant la prise était grosse, qu'il était d'autant plus difficile de s'en saisir fermement, que la bordure de la barque était haute, que cette dernière n'était pas très stable et qu'Adrien n'était alors pas en possession physique de tous ses moyens. Mais c'est sans compter sur son mental à toute épreuve.

De retour sur la berge, la nuit tombante il arrivera encore à réaliser, tant bien que mal, une série d'autoportraits avec sa prise d'une vie; appareil photo numérique posé sur le Tabur, avec le retardateur: 10 secondes bien courtes pour prendre, manipuler et poser de façon correcte avec le poisson qui faisait pas très loin de la moitié du poids du pêcheur!

Ce poisson sera sacrifié pour tenter une homologation et surtout pour être naturalisé.

Je sais que certains lecteurs auraient préféré une fin plus heureuse pour le poisson. Sachez qu'Adrien a toujours défendu les valeurs de la graciation et du no-kill, mais il n'était pas contre, non plus, de garder un poisson de temps à autre. Et c'est tout en son honneur.

Quelques écailles ont été transmises à la fédération de pêche du Jura pour essayer d'évaluer son âge. Ce qui n'a pu être malheureusement déterminé.

Le poisson a été magnifiquement naturalisé. L'artisan, du côté de Valence, l'aura d'ailleurs garder un certain temps pour l'exposé sur diverses salons.

Pour la petite anecdote, au retour de Valence, l'imposant brochet à l'arrière de la voiture familiale aura failli ne pas arriver à destination. En effet, un autre véhicule percuta la Golf. Causant au final plus de dégâts sur cette dernière que sur le brochet, une nageoire pectorale en aura fait les frais, mais fut recollée par la suite.

Il sera également resté longtemps en exposition au magasin d'articles de pêche de Thoirette.

Aujourd’hui il trône, de façon tout à fait logique, dans la maison de son plus fidèle ami, Seddiq.

Balaise le bestiau, 138cm...

Balaise le bestiau, 138cm...

 et 21,640kg ...

et 21,640kg ...

Discret, Adrien ne me téléphonait pas souvent. Par contre quand je recevait un de ses appels je savais qu'il avait encore fait des siennes!

Je me souviens que dans le contexte d'euphorie lors de l'annonce de cette prise exceptionnelle j'en avais informé Mehdi. Ce dernier a une bonne connaissance des captures records jurassiennes et de Navarre, et qui pour la petite histoire échangeait régulièrement avec Adrien sur la pratique de la pêche aux leurres. Compétiteur et connaissant bien cette technique, il disait qu'à part Adrien, personne ne réussissait avec les big-baits!

En réponse, Mehdi m'avait simplement retourner le texto: "Je suis sur le cul! C'est pas une prise exceptionnelle. C'est juste historique!"

 

à Adrien,

Hommage: poisson préhistorique pour une prise historique

Rédigé par Gaël DELORME

Publié dans #peche

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N
J'étais passé à côté...Merci.
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B
Merci Gael pour ce récit qui redonne vie à ce pêcheur exceptionnel plein de modestie,
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