JURA: Les cépages et le matériel végétal (partie 3 et fin)

Publié le 19 Juin 2013

JURA: Les cépages et le matériel végétal (partie 3 et fin)

Pour faire suite et fin à cette série d'articles: 1ère partie et 2nde partie

1,3) professionnalisation du vignoble et AOC

Les exploitants travaillent de petites surfaces: 16 770 propriétaires cultivant 6272hectares de vigne ont fait leur déclaration de récolte en 1923 (sources « le jura agricole » par F. Douaire, 1925); les 2000 ha restant sont possédés par plusieurs milliers de cultivateurs cherchant à produire seulement pour leur consommation familiale.

La crise phylloxérique, l'exode rurale, les guerres mondiales en particulier la première, l'économie, toutes ces causes ont égrainé les petits producteurs; De nombreuses vignes sont abandonnées.

Avec l'évolution des transports, le vin "aliment", bon marché, est de plus en plus concurrencé par les vins du Midi ou d'Algérie.

Comparaison par canton des cadastres 1838 et 1924

Comparaison par canton des cadastres 1838 et 1924

Le vignoble jurassien a toujours connu une certaine réputation pour ses vins (Arbois, vin jaune,..). Et c'est tout à fait logique, en 1935, que les syndicats viticoles poussent à la création des AOC; avec Arbois, historiquement, la première Appellation d'Origine Contrôlée de France.

Après la délimitation géographique, les cépages sont un des piliers de cette dénomination, gages de qualité. Le choix a été draconien et n'a retenu que 5 cépages, les plus intéressants.

Au creux de la vague, le vignoble jurassien en 1970 ne représente que 787 ha en AOC pour un total de 1550ha, dont un quart en Hybrides Producteurs Directs!

A partir des années 60, une politique de relance de la viticulture locale permet de remonter la pente tout en la professionnalisant.

La suite est évidente; en 2006 le vignoble représente 2219ha dont 2087 en AOC (sources INAO). D'où un encépagement qui se résume actuellement à 5 cépages: Chardonnay, Poulsard, Savagnin, Trousseau et Pinot noir.

2) l'amélioration du matériel végétal: la sélection

Le fait de multiplier toujours le même matériel génétique commence à poser un soucis sur la pérennité sanitaire. En effet, par le greffage, la multiplication de virus (court-noué et enroulement principalement) est effective.

La sélection du matériel à multiplier se faisait de deux façons: soit par la sélection parcellaire, c'est à dire que les bois d'une parcelle intéressante étaient prélevés pour greffage.

Soit par sélection massale, ce fait plus précisément en multipliant que les souches qui semblent intéressantes.

La seule garantie sanitaire vis à vis des viroses est visuelle, ce qui reste, bien évidemment, insuffisant.

Dans le milieu des années 1960, apparaît une troisième technique: la sélection clonale.

Elle a pour objectif premier de multiplier du matériel exempt de virus, mais aussi de connaître les aptitudes agronomiques de ce matériel.

Elle est basée sur la multiplication de matériel végétal originaire d'un cultivar (ou individu).

Le principe, contrairement aux autres modes de sélection, est basé sur le choix d'une souche au vignoble. Après observations au vignoble pendant 3 années, les bois provenant de cette souche sont greffés et sont mise en collection dans le but de les étudier (aspect physiologique du cep, des grappes, qualité de vendange dont vinification,...) en parallèle une série de tests réalisée par un organisme national de sélection (ENTAV au Grau-du-Roi 34) afin de s'assurer de l'absence de virus. Avec un travail de longue haleine (autour d'une quinzaine d'années entre le début des prospection et la disponibilité du matériel végétal pour les viticulteur), la maitrise qualitative du matériel proposé aux vignerons est sans failles.

Dans le Jura, elle a été initialisée dans la seconde moitié des années 60 par la chambre d'agriculture et le laboratoire départemental d'analyse de Poligny qui a rapidement repris l'ensemble des travaux. Ainsi, la première vague de clones certifiés issus de ces premières prospections sur Savagnin, Poulsard et Trousseau sont nés entre 1976 et 2007. Dans les années 90 c'est la chambre d'agriculture puis la Société de Viticulture du Jura qui reprendront les missions de sélection; à l'heure actuelle une seconde vague de clones sont à l'étude.

Trousseau très lâche (dit à la dame). Ce type de trousseau n'avait pas été retenu dans la première vague de sélection. Orienté beaucoup plus vers une production qualitative, ce clone est  certifié et en, passe d'être proposé aux viticulteurs.

Trousseau très lâche (dit à la dame). Ce type de trousseau n'avait pas été retenu dans la première vague de sélection. Orienté beaucoup plus vers une production qualitative, ce clone est certifié et en, passe d'être proposé aux viticulteurs.

A partir des années 1980, la multiplication des clones s'est largement démocratisée et a contribué à l'amélioration qualitative de l'ensemble de la production, avec un inconvénient évidant, qui est l'appauvrissement de la diversité au sein des variétés cultivés.

A l'heure actuelle, les choses changent vite.

Le réchauffement climatique, l'économie générale, la volonté de diminuer les traitements chimiques, la recrudescence des maladie du bois,...Tout ceci risque de changer beaucoup de choses. Que nous réserve l'avenir?

La sélection telle qu'on l'a connu jusqu'ici, pourra t'elle surmonter ces changements?

Peut-t'on imaginer en encépagement totalement différent sur le vignoble jurassien? Des cépages plus méridionaux? De nouveaux cépages, voir de nouveaux hybrides tolérants aux maladies cryptogamiques*? Des OGM? Ou le rétablissement d'anciennes variétés?

Seule l'avenir nous le dira.

maladies cryptogamiques*: maladies causées par des champignons. Pour la vigne, on pense principalement au Mildiou et à l'Oïdium, mais il y en a d'autres comme les maladies du bois, le Botrytis Cinérea responsable de la pourriture de la vendange,...

Rédigé par Gaël DELORME

Publié dans #vigne et vins

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